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26 février 2009

Interview de Juliette en DMA illustration

Classé dans : Non classé — admin @ 10 h 26 min

Juliette Étrivert en 2° année de DMA illustration à l’école Estienne

Que fais tu dans ta section, concrètement ?

“Si la question concerne les cours que l’on abordent, rassurons les parents sceptiques car il y des cours généraux tels que français, histoire de l’art, éco-gestion et anglais (avec en bonus pour la première année: sémiologie et histoire des écritures sont au menu).

Dans la partie dite “atelier”, on a de l’illustration didactique (par exemple des prospectus explicatifs pour enfants sur l’immunologie, ou bien “construis ta ville aztèque en papier” etc… ça va du médical-scientifique au jeu wapiti intéractif, pop up etc), le LEG (laboratoire expérimentale graphique où l’on pratique l’impression traditionnelle type sérigraphie, lithographie, gravure et typo au plomb. On a 1 projet de livre par an et ça prend toute l’année, ya pas trop de place pour se faire des trucs persos), l’informatique (on y travaille la mise en page sur in design, la colorisation sur photoshop pour imprimer en offset etc, c’est un peu là où on se rend compte des contraintes énormes qu’implique de faire un bouquin), l’expression plastique (modèle vivant, cours projets expérimentales), et enfin l’illustration même (couverture de livre, adaptations d’extraits, illu de presse..).

Illustration autour des cons

Illustration autour des cons

Le plus souvent on s’ennuie un peu en première année parce qu’on a l’impression de faire des projets dans le vent, en plus on bade devant les 2eme année en se disant qu’on arrivera jamais à faire aussi bien, on se sent pas trop évoluer et ça frustre un peu. Et puis on a déjà envie de réfléchir au diplôme qu’on va faire vu que les 2eme année sont en plein dedans.

Du coup pendant les grandes vacances c’est l’émulsion. Les profs nous ont fait peur en nous disant qu’il fallait absoluement avoir 3 propositions de diplôme à la rentrée pétante; du coup on se torture un peu pour trouver des trucs, on lit des bouquins etc.En général on a une proposition sérieuse, un autre qui nous tente bien mais qu’on a pas trop travaillé et une 3eme qu’on a trouvé pour qu’il y en ait une 3eme (J’ai finalement choisie la 3eme…)

Travail de diplome

Travail de diplôme autour de Batman

Évidemment à la rentrée on a 1 proposition, 2 maximum, mais c’est là que ça devient vraiment passionnant. L’année 2 se caractérise par le fait que l’on a peu de projets, mais c’est déjà trop vu l’importance que prend le diplôme.
On a un an pour faire un livre (adaptations de livre ou histoire inventée, mais aussi jeu, animation etc…tout et n’importe quoi si c’est justifié et bien calé) mais avant de pouvoir le commencer, on nous matraque à coups de demandes de fiches explicatives sur notre projet que l’on réécrit 36 fois de différentes manières, et une fois qu’on a simulé des entretiens avec nos profs et expliqué 500 fois le projet, on passe devant un vrai jury de professionnels de l’illu, de la presse, de l’édition (la directrice artistique des Editions du Seuil, Trappier du théatre le Rond Point, Catherine du Charlie Hebdo etc…) qui disent si notre projet est viable et nous donnent des conseils. C’est les mêmes qui reviennent à la fin de l’année pour valider diplôme et DMA…

Parallèlement à ça, on fait le concours international d’illustration de Bologne (Italie), des figures imposées (1 projet d’illu et 1 projet d’illu didactique qui servent à te sauver si tu as raté ton diplôme) ainsi que des dossiers écrits (type commentaire composé en plus freestyle et en images) en français, histoire de l’art et éco-gestion en rapport avec notre sujet de diplôme, notés aussi pour valider notre DMA (mais ça c’est plus en théorie, en vrai il faut avoir au moins 8 partout..), et le rapport de stage mis en page comme un vrai livre illustré (valide aussi le DMA) etc…(et puis on va en Italie pour le concours 1 an sur 2)

Bologne Juliette Étrivert

L’une des illustrations envoyée pour le Bologne

On est surchargé de boulot mais au final c’est très intéressant, surtout que l’on s’est considérablement enrichi mentalement et graphiquement du contact avec les autres de la classe (les profs ont volontairement pris des personnes aux styles très différents).
Le fait est qu’on regrette que la section ne fasse que 2 ans et pas 3 parce qu’on est obligé de mûrir d’un coup très vite entre les années 1 et 2 pour pouvoir vite trouver un projet qui pourrait être éditer vraiment. Alors c’est bien parce qu’on évolue très vite mais ça nous fait aussi tomber d’un coup dans l’aspect professionnel et un stress très important, où se rajoute en plus le fait qu’on doivent à nouveau postuler pour d’autres écoles pour continuer nos études…”

À quelles poursuites d’études cela t’engage t il ? Que compte tu faire l’année prochaine ? / À quelle insertion professionnelle ?

Alors les écoles où l’on postule ne s’arrètent pas forcément à l’illu : Il y a la 2eme année images imprimées aux Arts Déco de Paris, et les 3eme année illu et illu didactique aux Arts Déco de Strasbourg évidemment en continuité logique, le DSAA illu médicale à Estienne, mais il y en a qui postulent en animation aux Gobelins ou Esaat de Roubaix, il y a une 3eme année licence de Bande Dessinée à Angoulême. Après il nous reste la Cambre et St Luc en Belgique et la Fac. Les écoles à l’étranger sont hors de prix sauf dans les pays de l’Est et on peut postuler pour n’importe quels autres BTS (si on est capables de montrer des trucs en conséquences évidemment ou de paraitre très motivé…!)

Pour ma part c’est la section illu de Strasbourg qui m’intéresse le plus parce que par élimination c’est celle qui me correspond le plus, ils travaillent apparemment pas mal sur le coté narratif de l’illu entre autre et j’ai envie d’aller en erasmus en 4eme année.
Mais évidemment il n’y a pas de place pour toute la classe donc on a en projet d’essayer de monter un 3eme année officieuse type atelier pour continuer à travailler au cas oû rien d’intéressant ne s’offrent à nous.

Niveau insertion professionnelle, on peut aller démarcher des maisons d’édition, des magazines etc avec nos books dès l’an prochain, mais j’ai encore du mal à voir mon travail assez abouti pour être publiable. Mon projet personnel serait plus de monter un atelier aux multiples compétences (graphisme, illu, communication visuelle, textile, animation…)avec d’anciens camarades après mes études, pour ne pas bosser toute seule chez moi (les avis extérieurs c’est très important pour pas tourner en rond).”

Illustration

Illustration

Que penses tu de ton école ?

L’école à plein de moyen, mais je dois dire que la section Illu en rafle pas mal au dépend des autres sections: on a pu aller en voyage en Italie mais les typo ont pas pu aller en Suisse, on a du matériel quand on en demande etc…Prestige de la section Illu d’Estienne oblige. L’administration est un peu bizarre, on est des post-bac mais on est fliqué comme des collégiens (en 1ere année ils envoyaient mes absences à mes parents…), mais ils sont incapables de ne pas se faire voler tout les ans 15 Mac pendant les portes ouvertes ou des kilo de plaques de cuivre déjà gravés (malheur au DMA Gravure) par des mecs louches en bleus de travail…

Les profs d’illu sont un peu bordéliques mais on les excuse parce qu’ils sont très compétants pour nous pousser au max, nous aider à faire au mieux. Je veux surtout contredire l’ancienne rumeur disant qu’il y a un style Estienne en illu, c’est surtout faux depuis qu’il y a nos nouveaux jeunes profs, faisant qu’il y a une grande diversité dans nos boulots.
Par contre les cours de matières générales sont catastrophiques à Estienne.
Sinon l’ambiance est plutôt bien, il y a des expos de temps en temps, et quelques évènements type Press Citron ou la Semaine Culturelle qui sont très enrichissants, quelques fêtes, et ça me me suffit…”

Quelles sont les qualités attendues chez un futur élève de ta section ?

“Les profs nous ont choisi très différents les uns des autres graphiquement, donc je dirais qu’il faut être capable de se diversifier graphiquement tout en ayant un “ton” bien particulier, qui nous soit propre. Il faut être très perméable à ce qui nous entoure, les autres élèves, et ne pas se fermer. C’est possible surtout dans une classe de 12 (avec souvent bien plus de filles que de garçons). Je pense qu’il faut aimer le coté familial que celà créé du coup. Il ne faut pas avoir peur des nuits blanches aussi…et puis il faut prendre des sédatifs PC…
Mais je dirai qu’il faut surtout être fou et l’assumer. Il faut forcément l’être pour pouvoir trouver sans arrèt de nouvelles idées originales et inédites tout en répondant précisément à une demande. L’illustration c’est pas juste de savoir bien dessiner, mais savoir créer des univers et des histoires, donner une autre vision du texte.”

Aurais tu quelques travaux à nous montrer ?

Sur mon blog !

Et bien merci Juliette pour toutes ces précisions !